Logement collectif : le concept de la Cité Radieuse

La cité Radieuse, ou Maison du Fada fut construite à Marseille entre 1945 et 1952 par Charles-Edouard Jeanneret-Gris, alias Le Corbusier. 

Cette réalisation est la réponse de l'architecte aux problèmes de logement que connaît la France au sortir de la guerre. L'unité d'Habitation cherche l'équilibre entre logement collectif et intimité, veut choyer l'individu avec des intérieurs aux détails soignés : harmonie des proportions, choix minutieux des matériaux, insonorisation, ensoleillement... Mais aussi faire le lien entre logement social et sociabilité, en incluant terrains de sport et de loisirs, jardins, commerces et services de proximité. Le bâtiment s'adresse à l'humain, et en reprend les proportions avec l'utilisation du modulor, système de mesure permettant de déterminer tout espace destiné à l'Homme, en se basant sur la hauteur moyenne d'un individu. 


La curiosité

L'HABITAT SOCIAL A L'HORIZONTALE

Elément incontournable de l'architecture Montréalaise, Habitat 67 se pose comme une alternative aux tours d'habitation, entre densité urbaine et sociabilité.


Par Léa Coste


"Il nous faut rendre vivante cette maison neuve qui n'a point encore de visage. La vérité pour l'un fut de bâtir, elle est, pour l'autre, de l'habiter." Cette citation, extraite de l'oeuvre d'Antoine de Saint-Exupéry Terre des Hommes fut à l'origine, en 1967, de l'exposition universelle qui s'est tenue à Montréal. Habitat 67 en est devenu le symbole. 

Le bâtiment a été développé à partir des travaux de l'architecte (alors étudiant) Moshe Safdie, en combinant les systèmes de construction modulaire tridimensionnelle et les idéaux portés par le mouvement socialiste dans les années soixante. La thèse alors développées par l'architecte explorait de nouvelles solutions pour répondre à la double problématique de design urbain et d'habitat à forte densité humaine. 

L'édifice est composé de blocs modulaires imbricables. En partie préfabriqués et produit en masse dans une usine installée directement sur le chantier. Avec cette réalisation, Moshe Safdie veut proposer une alternative aux grandes tours d'habitation, et prouver que le densité du centre ville n'est pas incompatible avec les avantages de la banlieue : posséder un jardin, et développer une sociabilité comparable à celle qui existe, supposément, dans les villages. 


L’entretien / Manuel Appert             

DE LA VILLE PORT A LA METROPOLE D’AFFAIRES

Maître de conférence en géographie à l'université Lyon-2 et spécialiste de la métropolisation de Londres, Manuel Appert nous livre ses réflexions sur la rénovation des Quais d'Arenc. 


Propos recueillis par Julie Bordenave


Quels sont à votre sens les enjeux identifiés de la rénovation en cours des Quais d'Arenc ?

Il s'agit d'abord d'un réinvestissement du port de Marseille et donc d'une continuation du rapport étroit qu'entretient Marseille avec la mer. La redéfinition de la trame et du tissu urbain va permettre à la ville d'étendre son accès à la mer. Donc en apparence, c'est une continuité, mais dans les fonctions, un glissement très net de la ville-port au modèle de la métropole d'affaires. Dans ce modèle, les,logements construits font la part belle aux catégories sociales supérieures, et les espaces publics sont standardisés pour répondre aux attentes de ces nouvelles populations. 

 

Quelles sont les symboliques de tels ensembles dans le cadre de la mutation urbaine de Marseille à une échelle plus large ?

Le double choix d'ériger une première tour sur le dessin de Zaha Hadid, architecte anglo-irakienne starisée, atteste d'une volonté d'affichage du monde des affaires marseillais. La CMA-CGM, troisième armateur mondial, s'inscrit désormais dans le paysage, et l'architecture verticale choisie révèle une spectacularisation de la ville. Les choix architecturaux s'apparentent à l'adoption de codes et de normes qui rendent le paysage urbain de Marseille beaucoup plus lisible , au moins à l'échelle européenne. Marseille ne bénéficiait pas d'une image très positive parmi les investisseurs, et particulièrement ceux de l'immobilier, En usant de photographies aériennes, obliques, de vues de skyline, ou de photomontages privilégiant les rendus dans les grand paysage, la maîtrise d'ouvrage et les politiques assurent une double communication normée, à la fois sur les produits immobiliers et sur la ville dans son ensemble. 

 

La verticalité est-elle une réponse à l'étalement urbain ?

Non. La plupart des recherches menées sur le sujet montrent à quel point la densité n'est pas corrélée à la hauteur des édifices, mais plutôt à l'intensité d'utilisation du sol urbain. Ainsi par exemple, les îlots de type haussmannien (du type de la rue de la République à Marseille), fournissent une densité bien plus élevée que des ensembles de tours de 20 étages espacées. En effet, généralement, la planification des tours s'accompagne d'espaces de respiration au sol, selon les principes du Corbusier, qu'on y fasse référence implicitement ou explicitement. Les discours qui visent à justifier les tours par leur capacité à réduire les déplacements automobiles et limiter l'étalement urbain sont souvent exagérés. D'une part, parce qu'il faudrait atteindre les niveaux de densité de tours et de transports collectifs de Hong-Kong pour réellement obtenir des résultats convaincants. D'autre part, parce qu'il est désormais clair que la construction de tours dans les villes européennes aujourd'hui correspond davantage au développement d'un marché d'investissement immobilier qu'à une demande sociale locale. 

 

Quelles sont les contraintes à prendre en compte en amont de telles constructions ? 

A l'échelle de la ville, l'ampleur du stationnement prévu s'avère déterminant. A Marseille, avec une offre de transport collectif modeste, le risque est de générer de nombreux déplacements en automobile. 

 

Quelles tendances peut-on observer dans les récents ensembles de grande hauteur construits dans d'autres villes européennes? 

Depuis la fin des années 1990, de nombreux projets de tours ont été proposés dans les villes européennes, modifiant leurs silhouettes. Des cabinets d'architectes renommés sont sollicités pour marquer de leur dessin les paysages, et potentiellement les représentations de ces villes : triangle (Paris), cornichon (Londres)... Londres, Madrid, Barcelone ont été parmi les premières à expérimenter le retour des tours. Aujourd'hui la dynamique se diffuse à Paris et concerne également Liverpool, Marseille ou Lyon. Mais le retour des tours s'accompagne aussi de controverses, qui sont autant de signes des difficultés rencontrées par ces villes à intégrer ces objets proéminents susceptibles d'altérer leur paysage. 

 

Un mot sur la tour Marseillaise de Jean Nouvel ? 

Les tours proposées aujourd'hui à Marseille, et plus généralement en Europe, ne répondent pas aux attentes des populations locales. Si on considère, avec fatalité dans doute, que les municipalités n'ont pas d'autres choix que d'approuver ces projets, elles doivent être exigeantes et d'assurer qu'ils contribuent à l'ensemble de la cité, et pas simplement à des groupes ou des individus que l'on souhaiterait attirer ou favoriser. Parce qu'elles constituent des points hauts dans la ligne d'horizon, elles offrent la possibilité de se repérer, de naviguer dans la ville. Elles participent aussi à la construction de l'imaginaire collectif de la ville lorsqu'on y accède, elles permettent de maîtriser le magma urbain dans sa totalité ou presque ; une capacité que n'ont pas les citadins lorsqu'ils observent la ville de la rue. Aussi, deux conditions me semblent incontournables : il s'agit d'abord de garantir l'accès des étages élevés à une grande partie de la population, et de fournir des espaces publics et naturels en hauteur, en guise de compensation pour l'espace perdu au sol. Il s'agit enfin, en ces temps incertains, de montrer la plus grande transparence, et de contribuer à enrichir - et non dominer - le paysage urbain. A ce titre, les récentes réalisations de Jean Nouvel sont positives, dans la mesure où l'architecte tente d'extravertir ses réalisations grâce à la création d'esapces "publics" en hauteur tout en transparence. 


Le building

JEAN NOUVEL AUX QUAIS D'ARENC              

Le quartier d'Arenc se prépare un nouveau visage à l'horizon 2016 : dans le cadre de la rénovation de ses quais, Jean Nouvel signe une tour de grande hauteurs aux couleurs marseillaises.


Par Julie Bordenave


La tour CMA-CGM a ouvert une brèche en 2010 : Marseille se dote désormais de gratte-ciels ambitieux, qui défient le ciel et l'horizon en modifiant le skyline de la ville. Sur le site des anciens entrepôts Entrecausse démolis en 2010, à proximité d'Euromed Center, le promoteur Constructa s'attelle depuis 2002 au "plus grand projet mixte privé de France" : sur 94 000 m2, les Quais d'Arenc regrouperont quatre bâtiments labellisés HQE, dont trois immeubles de grande hauteur. Choisi après consultation des habitants, le nom du projet fait écho à ses objectifs : réinvestir les quai pour requalifier la façade maritime de Marseille, doter al ville de surfaces de bureaux afin d'attirer une clientèle internantionale, et proposer des logements de standing bénéficiant des qualités exceptionnelles du site - une vue panoramique sur la ville et la mer. Quatre architectes se sont saisis du projet : Jean Baptiste Pietri a conçu le H99, abritant des logements sur mesure ; Yves Lion a imaginé la tour hôtelière Horizon ; Roland Carta, le Balthazar, un immeuble de bureaux acquis par AG2R La Mondiale. Enfin, la tour la plus haute du projet est portée par Jean Nouvel : La Marseillaise culminera à 135 mètres, et compte parmi ses premiers locataires Marseille Provence Métropole, qui y déménagera ses locaux en 2016. Sur 31 étages se déclineront des plateaux plurivalents spacieux et modulables, des jardins suspendus, une vue mer 180°...