Total béton

NOUVELLE APPARITION, LE BETON INVISIBLE

A l'heure où le béton cherche notamment à devenir plus vert en utilisant des composés minéraux pour réduire les émissions de CO2, ou s'autonettoie automatiquement grâce à l'incorporation d'oxyde de titane, ce matériau vieux comme le monde, que les Romains connaissaient déjà et qui est celui le plus utilisé en construction, devient aussi aujourd'hui carrément ... transparent !

Mise au point par le fabricant Ciments Calcia, cette nouveauté qui se présente sous la forme de panneaux de béton préfabriqués, a été baptisée "i.light". Cet étonnant mélange d'une matrice cimentaire de pointe et de résines spéciales laisse en effet passer la lumière naturelle ou artificielle tout en produisant un surprenant effet de transparence. 

Des références transalpines

D'ores et déjà plébiscité par les professionnels, ce béton fort original a notamment servi à la réalisation du pavillon italien imaginé par Giampaolo Imbrighi pour l'exposition universelle de Shanghai, en 2010. Autre référence prestigieuse, il a également séduit l'architecte Richard Meier qui l'a utilisé pour le design intérieur, à Bergame, du laboratoire de R&D du groupe italien Italcementi. 

Assurément innovant, le produit est adapté à différentes applications non structurelles : éléments décoratifs, parois, garde-corps, escaliers... Les panneaux préfabriqués sont dotés d'une surface transparente maximale de 20% obtenue grâce à des polymères spéciaux capables de transporter plus de 90% de la lumière. 

Facilitant les jeux d'ombre et de lumière, ce béton peut être également personnalisé et s'adapter à chaque projet en modulant les dimensions du panneau ou de la couleur de la matrice cimentaire et des résines. Matériau polyvalent, véritable matière première pour les créateur, architectes et décorateurs, "i.light" laisse ainsi libre court à l'imagination. 


L'entretien / Yann Kersalé

L'ECLAIRAGE COMME UN ART

Numéro un en la matière, Yann Kersalé  défend l'idée d'un éclairage artistique pour l'espace public. En sculptant la lumière, celui qui a embelli ainsi la nuit le Vieux-Port et le Mucem, cherche à sublimer un patrimoine comme à révéler l'âme intérieure des bâtiments. Rencontre. 


Propos recueillis par Julie Bordenave.


Du musée du quai Branly à l'aéroport de Bangkok, du port de Saint-Nazaire aux tours Jean Nouvel de Doha, Yann Kersalé use de la lumière comme d'une matière première à modeler. D'une élégante sobriété, ses pulsations lumineuses parfois infimes soulignent l'aspect organique d'une construction, tel un "électrocardiogramme" révélant les mouvements internes d'un monument (opéra de Lyon, 1993). Pérennes ou éphémères, ses réalisations rendent hommage à la mémoire d'un patrimoine préexistant - comme au Vieux-Port -, ou cherchent à capter l'âme d'un bâtiment tout juste sorti de terre à l'instar du Mucem.


De quelle manière abordez-vous vos créations dans l'espace public ?

Y.K : Un artiste contemporain peut ne pas être seulement relégué aux cimaises des White cubes et autres institutions dédiées aux marchands et au marché. Dès les années 70, j'ai refusé de m'inscrire dans ce terme, j'étais proche des situationnistes ! Aujourd'hui encore, je suis convaincu qu'il ne faut pas laisser ce territoire d'expression uniquement aux ingénieurs. Une réflexion peut être menée sur la répartition de la lumière en préservant la notion de parcours géo-poétique au sein d'une ville. Comme l'a démontré à de nombreuses reprises mon ami Daniel Buren, il est possible de s'inscrire dans la thématique urbaine tout en faisant acte artistique. C'est de cette façon que j'ai appréhendé la double sollicitation qui m'a été faite à Marseille. La lumière urbaine peut absorber les contraintes inhérentes au travail de command dans l'espace public , sans se réduire à une prestation de service décorative. 


Quels étaient les enjeux de la mise en lumière du Vieux-Port ? 

Y.K : Le groupe de travail dont je faisait partie, sous la houlette de Michel Desvigne, avait pour idée de rendre des quais aux Marseillais. Nous avons cherché à rendre ce port un plus poétique, en lui offrant une vraie déambulation, car il le mérite bien. Avant de penser au plan aux quais, la première opération a consisté à penser au plan d'eau : partir de la mer pour arriver à la terre. Redonner vie à la notion de port, en faire autre chose qu'un simple parking généralisé. J'ai cherché à marquer la mer par la mise en lumière bleue et blanche des pontons : le blanc délimite des petits chemins pour circuler, le bleu réfléchit les coques des bateaux environnants. Il a fallu ensuite libérer les quais. Or en tant qu'originaire de Douarnenez, je suis aussi marin. Je sais donc à quel point les places de bateaux sont importantes ! Il a fallu négocier avec les associations locales de pêcheurs et de plaisanciers, qui avaient grignoté jusqu'à six mètres sur les quais avec leurs barrières. Nous avons trouvé des interlocuteurs accueillants, qui ont compris et apprécié notre démarche. Aujourd'hui tout Marseillais peut marcher au bord du quai, y retrouver les magnifiques pierres d'encadrement du port qui avaient fini par disparaître sous les tâches d'huile et les bateau posés là en carénage...


Quelle réflexion a guidé votre réalisation pour le Mucem baptisée "Mer-veille" ?

Y.K : Lorsque je réalise une installation de lumière sur un bâti, une réelle complicité doit s'instaurer avec l'architecte. Le dialogue était facile avec mon ami Rudy Ricciotti, très attentif à l'art contemporain. L'installation Mer-Veille symbolise une veilleuse, car la position du Mucem est stratégique : à la sortie du port, là où entrent et sortent tous les bateaux de plaisance... J'ai été aussi inspiré par la double peau de ce bâtiment, dans laquelle circulent les visiteurs : le déambulatoire va du sol au sommet, jusqu'à emprunter la passerelle pour rejoindre le fort Saint-Jean. Cette notion de parcours m'interpelle, les ombres portées au sol créent une dynamique. 


Marseille la nuit

LES LUMIERES DE LA VILLE

Depuis deux siècles, le développement de l'éclairage public constitue l'un des indices du progrès. Crises écologique et économiques obligent, la tendance récente des politiques municipales est, en la matière, plutôt à la décroissance et à la basse conso.


Par Olivier Levallois


Le 15 juin 2010, à Cesson-Sévigné, en Bretagne, l'éclairage public a été coupé entre 1h10 et 5h10. L'expérience a été renouvelée durant six mois. Près de cinq mille autres communes françaises ont également opté pour l'interruption de leur éclairage nocturne. L'Etat n'est pas en reste puisque depuis le décret du 1er juillet 2012, les nouvelles enseignes et publicités lumineuses doivent être éteintes entre 1 heure et 6 heures. Et depuis le 1er juillet 2013, les bureaux, commerces et bâtiments sont invités à faire de même. "Jusqu'à présent, les villes considéraient l'éclairage comme un acquis, signe de progrès. Aujourd'hui, on commence à prendre conscience que la lumière a un coût, économique et énergétique, et des conséquences sur le vivant", explique Anne-Marie Ducroux, experte en développement durable. Impulsée par l'article 173 de la loi dite "Grenelle 2" du 12 juillet 2010 introduisant dans le droit de l'environnement la prévention des nuisances lumineuses, cette évolution répond à plusieurs causes. La pollution lumineuse est produite par certains luminaires urbains qui dispersent jusqu'à 50% de leur lumière vers le ciel. Une déperdition qui a des effets négatifs sur la faune et la flore. Elle bouleverse l'écosystème, en provoquant la mort de dizaines de milliards d'insectes, en réduisant les déplacements de certains animaux perturbés par ces nuits trop claires, en désorientant des oiseaux migrateurs, ou encore, plus grave, en provoquant la disparition de certaines espèces. 

Mais plus que les raisons écologiques, c'est la réduction de la facture énergétique - et donc économique - qui éclaire aujourd'hui les élus dans leurs politiques. 

Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), l'éclairage représente en moyenne près de la moitié des dépenses d'électricité des communes. Pour ces collectivités désireuses de réduire leur consommation et leur pollution lumineuse, le coût de rénovation des équipements est soutenu par une aide publique de ce même organisme. D'après les premières opérations, l'économie réalisée s'étend de 30% à plus de 80% suivant les communes et les dispositifs mis en place. En tout, avec un parc de 9 millions de luminaires dont presque la moitié a plus de vingt-cinq ans d'âge, le potentiel d'économie national est estimé entre 50 et 75%.