Tendances

LE BIOMIMETISME REFLEURIT

A l’heure du développement durable et de l’architecture soutenable, nos modèles urbains actuels, énergivores, sont remis en cause. Tandis que la nature produit, elle, sans utiliser d’énergies fossiles, certains appellent à renouer avec l’observation du monde végétal ou animal et à tirer des leçons de leur fonctionnement. Non pas se contenter d’en reproduire les formes, mais s’inspirer de leur organisation, des écosystèmes où les notions de pollution et de déchet n’existent pas, où l’énergie disponible est optimisée et où les difficultés rencontrées sont résolues de façon ingénieuse.

Vélizy-Villacoublay (région parisienne) organise depuis deux ans maintenant un événement annuel inédit autour du biomimétisme. Cette année, ce rendez-vous explorait le thème Ville biomimétique , ville de demain. « Nous souhaitons poser les bases de la ville de demain, une ville qui s’inspire des grandes lois du vivant et ainsi tirer des leçon des écosystèmes matures pour repenser notre espace urbain » soulignant le maire de cette commune. Pour y parvenir, elle a mis en place un groupe de travail ad hoc, et pour son colloque, elle avait convié des spécialistes du genre.

 

Des façades nourries aux algues

Installé à Paris, le cabinet X-TU étudie depuis plusieurs années l’incorporation de micro-algues en façade de bâtiment pour fournir de l’énergie. Le système qu’il a mis au point avec le concours d’un laboratoire du CNRS permet de cultiver des algues sur des façades de bâtiments pour à la fois dépolluer, consommer moins d’énergie et produire des ingrédients naturels pour la cosmétique, la santé ou encore l’alimentation.

X-TU a appliqué ce principe de façon plus approfondie sur la façade d’une tour en projet à la Défense. Dans ce projet, la surface des bioréacteurs ceinture les quarante étages de la tour. Selon les calculs, la quantité de CO2 transformé correspond à 1700 hectares de forêt en croissance : l’équivalent, sur un an, de la consommation énergétique des futures onze tours basse consommation en projet à la Défense.

 

Tous les goûts sont dans la nature

Antoni Gaudi déjà, le célèbre architecte catalan à qui Barcelone doit tant, puisait à cette source. Le fameux parc Guell qu’il lui a légué en est un parfait exemple : des colonnes penchées des allées inspirées des arbres, aux deux maisons champignons de l’entrée au parc, en passant par la célèbre fontaine en forme de salamandre. Autre exemple plus contemporain, au Zimbabwe, l’architecte Mike Pearce du cabinet britannique Arup a construit dans les années 90 un bâtiment sans climatisation, mais ventilé et refroidi de façon passive car inspiré des termitières. Celui-ci comprend en effet de nombreuses cheminées, comme les tunnels des termites. Encore plus près de nous dans le temps, citons « l’œuf de dinosaure » - une coque en verre haute de 5 étages et recouverte comme par des écailles, de 7000 volets protecteurs en acier perforé - , dressé par Renzo Piano au milieu d’un jardin et derrière la façade d’un ancien théâtre sculptée par Auguste Rodin, pour le nouveau siège de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé ouvert en septembre dernier à Paris.


Street Style

LES VILLES SUR LE DIVAN

Depuis bientôt dix ans, laurent Petit psychanalyse les villes. A la tête de l'ANPU (Agence nationale de psychalyse urbaine), il détecte les névroses enfouies dans le tissu urbain et préconise des traitements architecturaux radicaux. 

 

Depuis 2003, la psychanalyse urbaine a déjà couché sur le divan une vingtaine de cités, permettant d'éprouver une méthodologie imparable : de défrichage historique en "opérations divan" auprès des habitants, les recherches menées dans chaque ville permettent de détecter ses névroses. Entre vécu social, légendes urbaines et traumatismes enfouis - "crises, épidémies, voire descentes en 2e division"-, s'esquisse le PNSU de la ville, son Point névro stratégique urbain, constitué d'aberrations architecturales ou d'inhibitions larvées : Los Angélisation des Côtes d'Armor, beffrois phaliques se dressant dans le ciel béthunois, complexe de Saint-Pierre-des-Corps face à sa voisine Tours... Il s'agit ensuite de proposer des solutions thérapeutiques, par le biais de TRA ou de TRU (Traitements radicaux urbains ou architecturaux), élaborés avec l'architecte Charles Altorffer : THC (Transport hors du commun) pour succéder à la civilisation de l'automobile ; logements collectifs dans des phares ou des tankers pour lutter contre l'étalement urbain ; Zones d'occupation bucolique (ascenseurs spirituels ou cimetières festifs) pour réinjecter du lien social au coeur des villes... Restitués sous forme de conférences décalées, les travaux de l'ANPU mettent le pied dans le plat. Les dents grincent en Provence autour du projet de la métropole ? L'agence préconise "un spectacle cathartique : rejouer la grande peste de 1720 dans le contexte de 2013. Déclenchée par la grève des éboueurs, elle serait résolue par les Aubagnais qui initient les Marseillais au tri collectif". Laurent Petit nous propose désormais une tribune dans chaque numéro d'Influences ("Green Line"), destinée à éveiller les consciences avant qu'il ne soit trop tard.


Antti Lovag, habitologue (1920-2014)

UNDER THE DOME

Architecte anticonformiste qui ignorait l'angle droit parce que celui-ci n'existe pas dans la nature, Antti Lovag est décédé en septembre dernier à l'âge de 94 ans à son domicile de Tourettes-sur-Loup (Alpes-Maritimes), dans l'une des maisons-bulles expérimentales auxquelles il a consacré sa carrière et qui l'on fait connaître. 


Par Michel Vino


Chef de file des "Bullistes", mouvement apparu dans les années 60 autour de la conception des fameuses maisons-bulles qui ont aujourd'hui encore toujours leurs adeptes, Antti Lovag, maître d'oeuvre aux méthodes tout aussi singulières (il vivait notamment sur ses chantiers), préférait d'ailleurs de définir comme un "habitologue". La plus célèbre de ses créations demeure incontestablement le Palais Bulles, à Théoule-sur-Mer, racheté par le couturier Pierre Cardin dans les années 90. 

Tout en rondeur, constitué d'une multitude de sphères et de dôme en béton projeté constellés de hublots et de skydomes arrondis et reliés par des "tuyaux", ce véritable ovni architectural, littéralement incrusté dans son environnement, a fait l'objet de nombreux reportages et publications. C'est l'une des quatre principales maisons-bulles qu'il aura édifiées, la construction de chacune s'étant étalée sur plusieurs années. 


La maison Bernard à découvrir

Tout comme ce fameux Palais Bulles auquel son propriétaire actuel a fait ajouter un théâtre, la deuxième oeuvre de ce type, la maison Bernard, qui lui avait été commandée par le même mécène, l'industriel Pierre Bernard, se trouve également à Théoule-sur-Mer, à Port-la-Galère. Sans doute la plus aboutie, elle vient d'être entièrement restaurée par l'architecte Odile Decq, elle est désormais ouverte à la visite sur rendez-vous. 

Pour la première en date, celle de Tourrettes-sur-Loup, la Maison Gaudet, classée tout comme le Palais Bulles, celui qui était aussi ingénieur à la base avait même édifié un module prototype, à l'échelle légèrement réduite, où son auteur avait fini par installer son atelier et y vivre jusqu'à sa récente disparition. 


Architecte visionnaire

Dans cette région d'adoption de la Côte d'Azur qu'il avait rejointe après avoir fait ses premières gammes auprès de Jean Prouvé et suivi ses études à l'école des Beaux-Art de Paris, ce Hongrois d'origine, né d'un père russe et d'une mère finlandaise, a également signé plusieurs bâtiments publics : la "Maison des jeunes Picaud" à Cannes, le complexe astronomique du collège Valeri de Nice, le complexe ludique du collège de l'Estérel à Saint-Raphaël et des bureaux à l'observatoire astronomique de Caussols, qui méritent eux aussi le détour. 

Et si lui-même se réclamait, de son vivant, d'une architecture organique, certain n'hésitent pas à le considérer comme un visionnaire à l'heure de l'apparition des imprimante 3D dans le monde du bâtiment qui vont faciliter ce type de réalisation hors du commun. Avec ses formes en 3D échappant aux angles droits, il aura fait fi en tout cas de l'architecture du passé et peut-être préfiguré ainsi en effet l'évolution future de l'architecture.